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La dispute nationale

  • francoishada
  • 26 août
  • 3 min de lecture

Ce siècle, dit-on, est et sera populiste. C'est malheureusement bien parti pour. Depuis un certain nombre d'années, l’offre d’idées nouvelles passe le masque de la rébellion et du non-conformisme, mais elle est en fait fondamentalement populiste. Ces idées se construisent sur la base de l'opposition entre le peuple et l’élite. Leurs promoteurs assènent, sans laisser le moindre espace à la preuve, l’hypothèse selon laquelle l’élite serait corrompue, qu’elle aurait trahi le peuple et ne travaillerait pas à l’intérêt général. Ils affirment, sans démonstration, défendre, eux, le peuple. Ils posent alors la souveraineté populaire comme un absolu : la volonté du peuple doit s’exprimer sans contrainte ni entrave. De ce fait, ils dénoncent toutes les formes de contre-pouvoirs institutionnels (juges, cours constitutionnelles, médias, etc.). 

Mais comment répondre à cette déferlante qui refuse le débat et ne fonctionne que dans l’affrontement et l’invective ? Il n’y a que deux choix : pour ou contre eux.

La politique est un lieu de rapports de force. Et en démocratie, le rapport de force s’exprime par le nombre d’électeurs. Cette première approche conduit les conseillers du Prince à prendre l’électorat comme des marchés à prendre… ce qui ouvre la porte au communautarisme et au populisme, un couple qui peut être particulièrement solide. A chaque groupe sa mesure, sa promesse. Ils habillent cela du « vivre ensemble », c’est à dire  du vivre côtes à côtes, au mieux, et sans doute ensuite les uns contre les autres.

Tout ceci est antipodes de ce que la France est, la nation qui ne peut exister que par le commun.

Dans l’imaginaire politique français, les élections sont un moment particulier, celui où la société tente de régler les disputes (pour reprendre le terme de Stéphane Rozès) qui la traversent. Et ceci est particulièrement vrai de l’élection présidentielle. Il n’y a donc pas à cette occasion d’homme ou de femme providentiels, surgissant du néant et rassemblant le peuple. Il y des candidats qui endossent les habits propres à une ou plusieurs solutions, en réponse aux disputes du moment. L'élu politique incarne les solutions pour résoudre les querelles ou tensions qui traversent la société. Le vote entérine ainsi une solution, la meilleure d'un point de vue du rapport de force, ou la moins mauvaise. 

Il appartient aux candidats de saisir les problématiques qui font les désaccords ou les tensions et d’offrir des réponses pour que la France continue à faire nation. 

Et c’est là toute la difficulté. 

La France a besoin de commun, au risque de devenir un « agrégat inconstitué de peuples désunis » comme prévenait Mirabeau. La France n’est une communauté de projets, mais un projet commun. Le politique doit proposer une réponse du commun. Il doit proposer un projet qui permette de faire société et de dire à cet égard ce que la France est dans ce monde, son rôle, voilà l’imaginaire politique français. 

Dans cette nécessité de commun, la gauche réformiste doit affirmer en quoi la justice sociale et l’égalité permettent de tendre vers cette ambition. Il faut donc s’assurer du sens du terme égalité et du principe de justice sociale dans notre siècle. 

Les français ne sont pas stupides : ils savent que la dette et le déficit publics sont trop élevés et doivent être corrigés. Les politiques qui promettent de ne pas couper dans les dépenses publiques ou de ne pas relever les impôts, ne sont pas crus. Les Français n'ont pas peur d'entendre qu'il va falloir faire des efforts. Ce que les français attendent des politiques est une direction, comment faire, pour quelle société, réalistement, selon quels principes de justice.

Plutôt que d’accompagner (ce qui ne veut d’ailleurs pas dire grand chose en fait) le mouvement #BloquonsTout, proposons des réponses aux insécurités économique, culturelle et individuelle, et aux inégalités qu’elles entraînent. Le politique doit apporter une réponse au chaos, il ne peut pas être un accompagnateur de celui-ci, et encore moins son promoteur.

Proposer une politique ne peut se faire que sur la base des termes de la dispute. Quels sont-ils? Qu’est-ce qui fait dispute en France dans ce siècle ? L’égalité ? Mais de quelle égalité parle-t-on ? La liberté ? L’autorité ? Le respect ? Mais dans quels domaines? Le travail? Le logement? L’environnement ? La santé ?

Après quelques années à parcourir la France, à écouter les personnes qui sont privées de parole, à avoir restituer (en partie) leurs paroles dans les carnets débats, n’est-il pas temps d’identifier la dispute nationale et de formuler des propositions pour y répondre ?

 
 
 

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